Jeudi 29 mars 2007

Le Présent, ce trésor...


un rêve,
né d'un "Acte Initial Eternel" (Avéroès)...
né d'un "Acte Initial Eternel" (Avéroès)...
|
C'est pourquoi je me suis permis de reproduire ce texte visible sur le site TEMPORALISTES...
LA FONCTION IMAGOGIQUE, L'EPREUVE
D'ANTICIPATION, LE PROJET PSYCHOTHERAPIQUE,
selon Mario BERTA

Jean-claude Benoit , Temporalistes, n° 19,
décembre 1991, pp. 17-22.
"Montrer son ombre à un individu ne
l'amoindrit pas, mais au contraire, le rend
plus fécond et plus humain. La connaissance
de vraies limites permet l'apparition de
l'efficacité réelle. Cette conscience de
l'ombre concerne l'interaction d'un contenu
avec son opposé psychologique. Les opposés
psychologiques restent, souvent, fixés à
l'ombre individuelle car ils sont récusés
par ceux qui n'ont pas appris à penser et à
agir par paires d'opposés."
Mario BERTA.
L'ombre de JUNG (6).

Des images mises en valeurs contrastées
transmettent une complexité. Depuis son
initial intérêt pour l'œuvre de JUNG jusqu'à
sa compréhension du thème interactionnel
cher à BATESON, Mario BERTA fut un clinicien
constamment en recherche et à qui nous
devons un progrès capital dans l'étude de ce
qu'il a nommé la "fonction imagogique".
L'image vécue devient d'autant plus active
et vivante qu'elle s'inscrit dans une
dialectique, avec une image opposée, par un
jeu de valeur et de contre valeur entre
l'une et l'autre. Vécue comme positive,
"désidérative", ou négative, repoussante,
1'image dialectisée prend non seulement
place dans le temps intime mais aussi dans
la croissance existentielle, anticipation
toujours critique.

I - L'œuvre de Mario BERTA : des images à
l'anticipation.
Pour lui, JUNG fut surtout le créateur de
l'imagination active, l'explorateur des
archétypes, et de la fonction prospective du
rêve. Vers 1958, ce fut Robert DESOILLE,
créateur de la méthode du Rêve éveillé
dirigé, qui lui ouvrit la porte vers les
espaces de l'imaginaire en psychothérapie.
DESOILLE utilisait, dans l'obtention de ses
scénarios, la dimension vécue de la
verticalité. Il induisait, grâce à elle, des
changements dans la tonalité affective du
rêve créé avec son aide et dans les
représentations imagées elles-mêmes. Les
valeurs du Ciel et de l'Enfer ne sont-elles
pas une des dialectiques les plus
fondamentales.

Mario BERTA m'a raconté un fait pittoresque.
Pour une première séance, DESOILLE demandait
toujours à son sujet l'ascension d'une
montagne. Mario m'a dit combien il avait été
d'abord obsédé, dans cet effort mental, par
cette image de son pays : la colline de
trois cent mètres de hauteur qui "domine" sa
ville ("Montévidéo) et l'immense pampa qui
part à l'infini. Heureusement notre sujet
retrouva bientôt les souvenirs des montagnes
suisses, au pied desquelles il venait de
rencontrer JUNG.

Très souvent le "sujet" de DESOILLE au cours
de ses pérégrinations imaginaires,
rencontrait un sage, reflet habituel du
thérapeute. Cette idéalisation de sa
personne encourageait celui ci à pousser le
rêveur à la rencontre de ses angoisses. Il
nous répétait; "Il n'existe pas de
vocabulaire universel des images.
L'essentiel, ajoutait-il, est d'identifier
le sentiment simultané à chaque
représentation et à chaque scène".
Cette sagesse mêlé d'énergie, Mario BERTA
l'accueillit pleinement. Il se montre
sensible, comme DESOILLE d'ailleurs, à la
rationalité, au moins apparente, du
béhaviorisme, par goût de l'action, sans
doute, et en réaction face à la passivité
psychanalytique (1). Plus tard, il puise
chez BATESON cette notion si précieuse du
deutéro-apprentissage. "Apprendre à
apprendre", en particulier apprendre de
nouvelles formes relationnelles dans
l'ouverture à la rencontre d'autrui (2).
Certes, avec l'expérience et l'âge, le
moment vient "d'apprendre à désapprendre"
(6).Cette formule du détachement, obtenu
enfin sur un long chemin de vie, condense
bien des étapes antérieures, crises,
changements ou piétinements. La question
existentielle se formule ainsi : comment
réorganiser constamment, ou dans un moment
critique, les faits de la vie ? L'image de
la créativité symbolique répondent à cet
impératif. Notre fonction imagogique est
l'aide la plus précieuse qui nous soit
offerte.

II - Le Psychothérapeute.
Grâce à PEARLS et à sa gestalt-thérapie, le
travail direct avec l'image a trouvé une
certaine reconnaissance "scientifique". Pour
BERTA, l'idée forte qui soutient son travail
théorique à l'égard de sa propre originalité
praticienne revient au thème fondamental de
la prescription du symptôme. Il constate que
seule une confrontation active du client à
l'égard de ce qu'il refuse en lui-même peut
l'aider sur son chemin existentiel en
difficulté. Création de l'individu, le
symptôme, dans ses aspects relationnels,
donne la voie d'approche spécifique, en
particulier dans ce que BERTA dénomme les
"névroses existentielles". Ces patients se
laissent fasciner par leurs symptômes
eux-mêmes, inertie qui inhibe le dépassement
de la crise. Ce névrosé "dont le temps se
fige" consolide au mieux sa position de
retrait. Le piège du symptôme se referme par
un arrêt de la croissance existentielle.
La tentation du pédagogisme thérapeutique
existe certes. Il faut pour partie que le
thérapeute la reconnaisse en soi-même et
l'accepte parmi ses gestes inévitables. Avec
la notion "d'activation psychothérapique"
(1), cette confirmation du rôle du
thérapeute peut être éclairée. Utiliser des
méthodes et des techniques éprouvées, éviter
la paralysie de la névrose de transfert,
transformer chaque cas en un sujet de
recherche, ces principes préviennent
l'épuisement des partenaires dans les
méandres infinis du verbe. En décrivant
ceci, chacun dans notre sphère
professionnelle, nous avons eu tous deux
consciences de ce fait essentiel :
l'activation est avant tout "endogène" et
face à un thérapeute actif, les ressources
créatrices du client se trouvent
sollicitées.

L'ouvrage de Ludwig von BERTALANFFY , Des
robots, des esprits et des hommes, fit
partie des textes que BERTA me donna dans
ces années-là, en anglais, ainsi que Steps
to an ecology of mind de Gregory BATESON.
J'appréciai ainsi directement sa vaste
culture en sciences humaines, champ dont
l'expansion anglo-saxonne nous reste
toujours insuffisamment disponible. BERTA
aime citer cette phrase du créateur de la
théorie générale des systèmes : "La conduite
vers un but constitue une caractéristique
biologique générale. La véritable
intentionnalité est un privilège de 1'homme
et elle est fondée sur l'anticipation de
l'avenir sous la forme de symboles. L'homme
devient le créateur de son milieu au lieu
d'en être un produit ". Nous voilà plongés
dans le temps anticipateur.

Des voyages épisodiques à Montevido me
permirent de constater l'évolution du
cabinet psychothérapique vers un véritable
atelier. Le modèle du projet
"psychothérapique" ouvre alors le champ
relationnel proposé par le thérapeute au
dialogue direct, au dessin, au corps en
activité et surtout à l'Epreuve
d'Anticipation (2). Ce travail manifeste
toute son ampleur en 1983, traduisant déjà
bien des années d'emploi, en particulier en
ce qui concerne ce test psychothérapique
d'intérêt crucial (3).

Mario BERTA donne une place principale en
clinique à ce qu'il nomma la dimension
axiologique des êtres, les valeurs. On
reconnaît ici l'influence de l'école
phénoménologique allemande et de la
daseinanalyse. Dans notre culture française,
ces données vivantes rencontrent souvent
l'obstacle d'un rationalisme étroit ou celui
du scepticisme fantaisiste. Pourtant les
valeurs prennent place naturellement dans
notre goût irrémédiable du concret, des
images et de la poétique. Nous devons rendre
hommage ici à l'œuvre toujours proche de
Gaston BACHELARD. Je suis frappé de
constater que celui-ci a consacré deux très
beaux chapitres aux découvertes de Robert
DESOILLE. Les valeurs et les images ont
partie liée. ( Cf. L'eau et les rêves, et
L'air et les songes).

L'anticipation devient donc au fil d'un
assidu travail clinique de recherche
L'Epreuve d'Anticipation clinique et
expérimentale (1983). Ce test joint sa
rationalité cohérente et sa construction
efficace à la spontanéité individualisante
des images obtenues. La clé de sa réussite
d'emploi repose dans cette zone obscure de
l'ombre où Mario BERTA va chercher
l'opposition des contraires, le positif,
idéalisant et le négatif, néantisant. La
bipolarité de nos projets existentiels
créent simultanément leurs blocages
possibles ou leurs ouvertures inattendues.
La crise fige un moment le temps
existentiel. Alors le test aide à poser la
question : le temps va-t-il s'arrêter dans
l'angoisse prolongée, ou va-t-il s'ouvrir
sur le neuf ?

III - L'Epreuve d'Anticipation.
L'ouvrage fondamental de Mario BERTA offre
le détail méthodologique nécessaire au
clinicien, tant sur le plan théorique que
concret (3). Les principes de l'Epreuve
pourraient se résumer ainsi avec beaucoup
d'arbitraire et dans le seul but d'induire à
la lecture du texte lui-même. L'Epreuve
s'applique à des clients en crise
existentielle actuelle. Elle se déroule face
à face. Elle peut s'employer assez tôt dans
la relation et être réitérée au cours d'une
cure, épisodiquement. Elle concerne des
valeurs et des contre-valeurs, par l'appui
d'images vivantes, apportées "à chaud" dans
le cadre d'une dialectique positif /
négatif, idéalisation / néantisation. Elle
demande une participation intuitive et
active au clinicien. Elle doit entraîner le
client vers une relative confusion, laquelle
garantit la spontanéité obtenue.
Les principes du décodage peuvent se résumer
ainsi : 1) "Le sujet est actuellement
justement celui qu'il refuse d'être", fait
crucial pour BERTA ; 2) Le sujet doit
d'abord se rassurer par une confrontation à
ses images anticipatrices positives ; 3)
puis l'essentiel du travail du
psychothérapeute se situe dans son aide à
l'exploration des images anticipatrices
négatives. Enfin, ces images vivantes
doivent être considérées comme des fragments
affectifs, et donc, traitées avec le respect
absolu du à cette vérité intime.

Présentons brièvement la passation de
l'Epreuve à propos d'un cas de BERTA (p.95)
: "Il s'agit d'un jeune homme de vingt ans.
Il est désorienté, ne fait rien, souhaite
vivre dans une communauté mais se plaint de
ses problèmes de communication". La première
question de l'Epreuve est grosso modo
celle-ci : " Si je vous donnais ici et
maintenant une nouvelle vie, que
désirerez-vous être ?" Choisissez parmi tout
ce qui exite dans la nature, sauf un être
humain ?" Le patient répond :"Une tache".
"C'est-à-dire" ? Précisez-moi ceci comme si
je ne savais pas ce que c'est ? " Réponse :
"Quelque chose de changeant, qui change au
cours du temps, tous les jours, pas toujours
la même façon". - La seconde question répète
la première autour de ces mots : "Que
voudriez-vous absolument ne pas être ?"
Réponse : "Une machine". Question :
"C'est-à-dire ?" Réponse : "Produire à toute
vitesse. Le rendement, l'automatisme, vivre
toujours de la même façon". - Troisième
question : "Qu'est-ce pour vous l'inverse
d'une tâche ? ". Réponse : "Un rectangle.
Une figure géométrique. C'est toujours la
même chose. Je la verrai toujours
identique." Quatrième question : "Qu'est-ce
pour vous l'inverse de la machine ?" Réponse
: "L'artiste. Il crée, ne produit pas en
quantité. Il a ses initiatives." Au
cinquième point, le clinicien rappelle les
qualificatifs donnés pour la première image
et demande leurs contraires. Réponse :
"Statique, ne change pas, constant". Il
demande ensuit une image qui symbolise tout
ceci. Réponse: "Une pierre qui n'a pas de
mouvement en soi et ne change pas". Sixième
point : le clinicien rappelle les
qualificatifs donnés pour la seconde image
et demande leurs contraires. Réponse :
"C'est la qualité qui importe, innovation,
création, jours différents". Le thérapeute
demande ensuite une image qui symbolise
l'ensemble. Réponse : "Un artiste". Le sujet
redécrit cette image de façon stéréotypée,
identique au point quatre. Septième point :
"Quel est l'inverse de la pierre ?" Réponse
: "Le vent. Il a du mouvement". - Huitième
point : "Quel est l'inverse de l'artiste?"
Réponse : "Une machine, un travailleur, un
employé. Il produit toujours de la même
façon".

L'idéalisation souligne ici fortement
l'ambivalence de la démarche où s'engage le
patient dans sa demande de soins. Le
décalage entre l'apragmatisme, la réalité et
les ambitions, au-delà de toute possibilité
immédiate, constitue la provocation à
laquelle tout thérapeute se trouvera soumis
face à ce client. Toutefois, au-delà de cet
aspect diagnostic, quelque peu déroutant, le
thérapeute peut utiliser de fortes images
négatives, les contre-valeurs, pour
approcher plus clairement les valeurs
potentielles latentes. Toute crise
correspond à un appel intime de croissance.
Il est impossible que le temps se fige
vraiment. Le thérapeute prend connaissance
d'éléments très généraux de cette tension
figée. Le thème général se décrit justement
ici comme une dialectique temporelle :
changer et aller vers l'action personnelle
ou rester figé et répétitif. Peut-être dès
ce moment-là le futur de la relation
thérapeutique se trouve-t-il engagé. L'image
elle-même devient une donnée inductrice
d'évolution, dès qu'elle se trouve
accueillie comme message de soi à soi. Sa
présence bien dessinée est un premier
changement.

Je souhaite que, malgré les limites d'un
seul cas - photographié en quelque sorte
dans son seul "négatif", comme on le dirait
d'une pellicule - le lecteur devine les
ressources pratiques de cette capture
d'images. Depuis mon premier travail avec
DFSOILLE, il y a plus de trente ans, et avec
un emploi courant du test de BERTA, depuis
quelques années, j'ai constamment retrouvé
cette certitude émotionnelle apportée par
l'image aux patients mis en situation de la
créer dans la relation thérapeutique, cette
image fût-elle négative et attristante. Ce
vécu de la certitude émotionnelle du sujet,
se regardant au miroir de ses images, ouvre
un autre domaine que celui du "phantasme à
interpréter". C'est simplement et fortement
une image vécue comme une partie de soi,
figuration d'une capacité créatrice que
possèdent nombre de nos clients. Le travail
psychique avec les images est support de
croissance. Ceci vaut également pour le
thérapeute.

IV - L'être mental et l'anticipation.
Le temps vécu change constamment sa nature,
selon la hiérarchie des actes que l'individu
situe dans son présent immédiat (Pierre
JANET, Jean SUTTER). Telle est la vie
essentielle de l'être mental. En
psychopathologie, le temps figé,
c'est-à-dire l'angoisse, nécessite
l'intervention du thérapeute justement en
raison de la perte d'anticipation (Jean
SUTTER, Yves PELICIFR). BERTA nous propose
des efforts utiles pour restaurer cette
fonction du futur vécu, et ceci avec l'appui
d'une autre fonction mentale imagogique.
De plus en plus la "pensée complexe" et
globale (Edgar MORIN) nous devient
nécessaire. Les paradoxes existentiels se
dramatisent dans une société de l'urgence et
de l'information directe. La nécessité d'une
constante adaptation s'impose dans un monde
relationnel constamment changeant.
Chaque croissance existentielle,
c'est-à-dire chacun de nous, supporte une
crise permanente qui pourrait se formuler
"Tu dois légitimement craindre une perte
constamment possible". C'est une évocation
du "apprendre à désapprendre" de BERTA ;
La théorie des catastrophes du mathématicien
René THOM vient aussi traiter le thème du
changement. Avec un certain bonheur nous
apprenons que certaines catastrophes seront
constructives, selon le vocabulaire neutre
des sciences pures. A leur tour les sciences
humaines ont intérêt à connaître ces
modèles, dans la mesure justement où ils
facilitent la compréhension évolutionniste
des relations humaines.

La pensée éco-systémique de Grégory BATESON
épouse son temps, c'est-à-dire ce glissement
accéléré, où nous ne savons plus si le
paysage défile ou si, nous, nous avançons
réellement un peu avec lui, malgré tout. Le
double lien décrit par BATESON nous donne
aussi l'occasion d'une réflexion sur le
temps du changement, c'est-à-dire la crise,
cette préparation soit à l'échec, soit à la
créativité, dans les messages multiples et
leurs injonctions discordantes auxquelles
nous soumettent les tensions évolutives
actuelles.

Notre être mental anticipateur est renvoyé
par le groupe vers sa crise intime. Le choix
est personnel, même si je m'engage vers
d'autres et avec d'autres. La succession des
bifurcations remet en cause le la
"confirmation de soi", les "certitudes",
c'est-à-dire le jugement, troublé par tant
d'informations relationnelles dont la
plupart sont trompeuses. Le marketing - mot
roi d'une société où il est agréable de
consommer et, aussi, désagréable d'être
consommé - est donc une école du mensonge.
Dans cette course-poursuite d'aujourd'hui
entre la confusion et la lucidité, il n'est
pas étonnant que le paradoxe nous fasse
retrouver notre vérité dans l'appui de notre
imaginaire. Prenons la réalité à rebours
lorsqu'elle se fabrique artificiellement et
que nombre de nos crises existentielles
illustrent simplement notre capacité de
résistance, par un appel à nos ressources.
Soumettons-nous donc, nous-mêmes à l'épreuve
de mon ami Mario. Il suffit d'une feuille de
papier, d'un crayon et de quelques minutes
de solitude.
Jean-Claude Benoît

BIBLIOGRAPHIE.
1. BENOIT J-C. et BERTA K., L'activation
psychothérapique, Dessart, Bruxelles, 1973.
2. BERTA M. et BENOIT J-C. Le projet
psychothérapique, Denoël, Paris, 1975.
3. BERTA M. Prospective symbolique en
psychothérapie. L'épreuve d'anticipation
clinique expérimentale, E.S.F., Paris, 1983.
4. BERTA M., Vivir su neurosis, Ed,
Privada, Montevideo, 1986.
5. BENOIT J-C. et BERTA M., La pénombre
du double. L'anticipation par les images
positives et négatives, E.S.F. Paris, 1988.
6. BERTA M., La sombra de JUNG. Aprender,
aprender a aprender, aprender a desaprender,
Ed. de la Plaza, Montevideo, 1990.
D'ANTICIPATION, LE PROJET PSYCHOTHERAPIQUE,
selon Mario BERTA

Jean-claude Benoit , Temporalistes, n° 19,
décembre 1991, pp. 17-22.
"Montrer son ombre à un individu ne
l'amoindrit pas, mais au contraire, le rend
plus fécond et plus humain. La connaissance
de vraies limites permet l'apparition de
l'efficacité réelle. Cette conscience de
l'ombre concerne l'interaction d'un contenu
avec son opposé psychologique. Les opposés
psychologiques restent, souvent, fixés à
l'ombre individuelle car ils sont récusés
par ceux qui n'ont pas appris à penser et à
agir par paires d'opposés."
Mario BERTA.
L'ombre de JUNG (6).

Des images mises en valeurs contrastées
transmettent une complexité. Depuis son
initial intérêt pour l'œuvre de JUNG jusqu'à
sa compréhension du thème interactionnel
cher à BATESON, Mario BERTA fut un clinicien
constamment en recherche et à qui nous
devons un progrès capital dans l'étude de ce
qu'il a nommé la "fonction imagogique".
L'image vécue devient d'autant plus active
et vivante qu'elle s'inscrit dans une
dialectique, avec une image opposée, par un
jeu de valeur et de contre valeur entre
l'une et l'autre. Vécue comme positive,
"désidérative", ou négative, repoussante,
1'image dialectisée prend non seulement
place dans le temps intime mais aussi dans
la croissance existentielle, anticipation
toujours critique.

I - L'œuvre de Mario BERTA : des images à
l'anticipation.
Pour lui, JUNG fut surtout le créateur de
l'imagination active, l'explorateur des
archétypes, et de la fonction prospective du
rêve. Vers 1958, ce fut Robert DESOILLE,
créateur de la méthode du Rêve éveillé
dirigé, qui lui ouvrit la porte vers les
espaces de l'imaginaire en psychothérapie.
DESOILLE utilisait, dans l'obtention de ses
scénarios, la dimension vécue de la
verticalité. Il induisait, grâce à elle, des
changements dans la tonalité affective du
rêve créé avec son aide et dans les
représentations imagées elles-mêmes. Les
valeurs du Ciel et de l'Enfer ne sont-elles
pas une des dialectiques les plus
fondamentales.

Mario BERTA m'a raconté un fait pittoresque.
Pour une première séance, DESOILLE demandait
toujours à son sujet l'ascension d'une
montagne. Mario m'a dit combien il avait été
d'abord obsédé, dans cet effort mental, par
cette image de son pays : la colline de
trois cent mètres de hauteur qui "domine" sa
ville ("Montévidéo) et l'immense pampa qui
part à l'infini. Heureusement notre sujet
retrouva bientôt les souvenirs des montagnes
suisses, au pied desquelles il venait de
rencontrer JUNG.

Très souvent le "sujet" de DESOILLE au cours
de ses pérégrinations imaginaires,
rencontrait un sage, reflet habituel du
thérapeute. Cette idéalisation de sa
personne encourageait celui ci à pousser le
rêveur à la rencontre de ses angoisses. Il
nous répétait; "Il n'existe pas de
vocabulaire universel des images.
L'essentiel, ajoutait-il, est d'identifier
le sentiment simultané à chaque
représentation et à chaque scène".
Cette sagesse mêlé d'énergie, Mario BERTA
l'accueillit pleinement. Il se montre
sensible, comme DESOILLE d'ailleurs, à la
rationalité, au moins apparente, du
béhaviorisme, par goût de l'action, sans
doute, et en réaction face à la passivité
psychanalytique (1). Plus tard, il puise
chez BATESON cette notion si précieuse du
deutéro-apprentissage. "Apprendre à
apprendre", en particulier apprendre de
nouvelles formes relationnelles dans
l'ouverture à la rencontre d'autrui (2).
Certes, avec l'expérience et l'âge, le
moment vient "d'apprendre à désapprendre"
(6).Cette formule du détachement, obtenu
enfin sur un long chemin de vie, condense
bien des étapes antérieures, crises,
changements ou piétinements. La question
existentielle se formule ainsi : comment
réorganiser constamment, ou dans un moment
critique, les faits de la vie ? L'image de
la créativité symbolique répondent à cet
impératif. Notre fonction imagogique est
l'aide la plus précieuse qui nous soit
offerte.

II - Le Psychothérapeute.
Grâce à PEARLS et à sa gestalt-thérapie, le
travail direct avec l'image a trouvé une
certaine reconnaissance "scientifique". Pour
BERTA, l'idée forte qui soutient son travail
théorique à l'égard de sa propre originalité
praticienne revient au thème fondamental de
la prescription du symptôme. Il constate que
seule une confrontation active du client à
l'égard de ce qu'il refuse en lui-même peut
l'aider sur son chemin existentiel en
difficulté. Création de l'individu, le
symptôme, dans ses aspects relationnels,
donne la voie d'approche spécifique, en
particulier dans ce que BERTA dénomme les
"névroses existentielles". Ces patients se
laissent fasciner par leurs symptômes
eux-mêmes, inertie qui inhibe le dépassement
de la crise. Ce névrosé "dont le temps se
fige" consolide au mieux sa position de
retrait. Le piège du symptôme se referme par
un arrêt de la croissance existentielle.
La tentation du pédagogisme thérapeutique
existe certes. Il faut pour partie que le
thérapeute la reconnaisse en soi-même et
l'accepte parmi ses gestes inévitables. Avec
la notion "d'activation psychothérapique"
(1), cette confirmation du rôle du
thérapeute peut être éclairée. Utiliser des
méthodes et des techniques éprouvées, éviter
la paralysie de la névrose de transfert,
transformer chaque cas en un sujet de
recherche, ces principes préviennent
l'épuisement des partenaires dans les
méandres infinis du verbe. En décrivant
ceci, chacun dans notre sphère
professionnelle, nous avons eu tous deux
consciences de ce fait essentiel :
l'activation est avant tout "endogène" et
face à un thérapeute actif, les ressources
créatrices du client se trouvent
sollicitées.

L'ouvrage de Ludwig von BERTALANFFY , Des
robots, des esprits et des hommes, fit
partie des textes que BERTA me donna dans
ces années-là, en anglais, ainsi que Steps
to an ecology of mind de Gregory BATESON.
J'appréciai ainsi directement sa vaste
culture en sciences humaines, champ dont
l'expansion anglo-saxonne nous reste
toujours insuffisamment disponible. BERTA
aime citer cette phrase du créateur de la
théorie générale des systèmes : "La conduite
vers un but constitue une caractéristique
biologique générale. La véritable
intentionnalité est un privilège de 1'homme
et elle est fondée sur l'anticipation de
l'avenir sous la forme de symboles. L'homme
devient le créateur de son milieu au lieu
d'en être un produit ". Nous voilà plongés
dans le temps anticipateur.

Des voyages épisodiques à Montevido me
permirent de constater l'évolution du
cabinet psychothérapique vers un véritable
atelier. Le modèle du projet
"psychothérapique" ouvre alors le champ
relationnel proposé par le thérapeute au
dialogue direct, au dessin, au corps en
activité et surtout à l'Epreuve
d'Anticipation (2). Ce travail manifeste
toute son ampleur en 1983, traduisant déjà
bien des années d'emploi, en particulier en
ce qui concerne ce test psychothérapique
d'intérêt crucial (3).

Mario BERTA donne une place principale en
clinique à ce qu'il nomma la dimension
axiologique des êtres, les valeurs. On
reconnaît ici l'influence de l'école
phénoménologique allemande et de la
daseinanalyse. Dans notre culture française,
ces données vivantes rencontrent souvent
l'obstacle d'un rationalisme étroit ou celui
du scepticisme fantaisiste. Pourtant les
valeurs prennent place naturellement dans
notre goût irrémédiable du concret, des
images et de la poétique. Nous devons rendre
hommage ici à l'œuvre toujours proche de
Gaston BACHELARD. Je suis frappé de
constater que celui-ci a consacré deux très
beaux chapitres aux découvertes de Robert
DESOILLE. Les valeurs et les images ont
partie liée. ( Cf. L'eau et les rêves, et
L'air et les songes).

L'anticipation devient donc au fil d'un
assidu travail clinique de recherche
L'Epreuve d'Anticipation clinique et
expérimentale (1983). Ce test joint sa
rationalité cohérente et sa construction
efficace à la spontanéité individualisante
des images obtenues. La clé de sa réussite
d'emploi repose dans cette zone obscure de
l'ombre où Mario BERTA va chercher
l'opposition des contraires, le positif,
idéalisant et le négatif, néantisant. La
bipolarité de nos projets existentiels
créent simultanément leurs blocages
possibles ou leurs ouvertures inattendues.
La crise fige un moment le temps
existentiel. Alors le test aide à poser la
question : le temps va-t-il s'arrêter dans
l'angoisse prolongée, ou va-t-il s'ouvrir
sur le neuf ?

III - L'Epreuve d'Anticipation.
L'ouvrage fondamental de Mario BERTA offre
le détail méthodologique nécessaire au
clinicien, tant sur le plan théorique que
concret (3). Les principes de l'Epreuve
pourraient se résumer ainsi avec beaucoup
d'arbitraire et dans le seul but d'induire à
la lecture du texte lui-même. L'Epreuve
s'applique à des clients en crise
existentielle actuelle. Elle se déroule face
à face. Elle peut s'employer assez tôt dans
la relation et être réitérée au cours d'une
cure, épisodiquement. Elle concerne des
valeurs et des contre-valeurs, par l'appui
d'images vivantes, apportées "à chaud" dans
le cadre d'une dialectique positif /
négatif, idéalisation / néantisation. Elle
demande une participation intuitive et
active au clinicien. Elle doit entraîner le
client vers une relative confusion, laquelle
garantit la spontanéité obtenue.
Les principes du décodage peuvent se résumer
ainsi : 1) "Le sujet est actuellement
justement celui qu'il refuse d'être", fait
crucial pour BERTA ; 2) Le sujet doit
d'abord se rassurer par une confrontation à
ses images anticipatrices positives ; 3)
puis l'essentiel du travail du
psychothérapeute se situe dans son aide à
l'exploration des images anticipatrices
négatives. Enfin, ces images vivantes
doivent être considérées comme des fragments
affectifs, et donc, traitées avec le respect
absolu du à cette vérité intime.

Présentons brièvement la passation de
l'Epreuve à propos d'un cas de BERTA (p.95)
: "Il s'agit d'un jeune homme de vingt ans.
Il est désorienté, ne fait rien, souhaite
vivre dans une communauté mais se plaint de
ses problèmes de communication". La première
question de l'Epreuve est grosso modo
celle-ci : " Si je vous donnais ici et
maintenant une nouvelle vie, que
désirerez-vous être ?" Choisissez parmi tout
ce qui exite dans la nature, sauf un être
humain ?" Le patient répond :"Une tache".
"C'est-à-dire" ? Précisez-moi ceci comme si
je ne savais pas ce que c'est ? " Réponse :
"Quelque chose de changeant, qui change au
cours du temps, tous les jours, pas toujours
la même façon". - La seconde question répète
la première autour de ces mots : "Que
voudriez-vous absolument ne pas être ?"
Réponse : "Une machine". Question :
"C'est-à-dire ?" Réponse : "Produire à toute
vitesse. Le rendement, l'automatisme, vivre
toujours de la même façon". - Troisième
question : "Qu'est-ce pour vous l'inverse
d'une tâche ? ". Réponse : "Un rectangle.
Une figure géométrique. C'est toujours la
même chose. Je la verrai toujours
identique." Quatrième question : "Qu'est-ce
pour vous l'inverse de la machine ?" Réponse
: "L'artiste. Il crée, ne produit pas en
quantité. Il a ses initiatives." Au
cinquième point, le clinicien rappelle les
qualificatifs donnés pour la première image
et demande leurs contraires. Réponse :
"Statique, ne change pas, constant". Il
demande ensuit une image qui symbolise tout
ceci. Réponse: "Une pierre qui n'a pas de
mouvement en soi et ne change pas". Sixième
point : le clinicien rappelle les
qualificatifs donnés pour la seconde image
et demande leurs contraires. Réponse :
"C'est la qualité qui importe, innovation,
création, jours différents". Le thérapeute
demande ensuite une image qui symbolise
l'ensemble. Réponse : "Un artiste". Le sujet
redécrit cette image de façon stéréotypée,
identique au point quatre. Septième point :
"Quel est l'inverse de la pierre ?" Réponse
: "Le vent. Il a du mouvement". - Huitième
point : "Quel est l'inverse de l'artiste?"
Réponse : "Une machine, un travailleur, un
employé. Il produit toujours de la même
façon".

L'idéalisation souligne ici fortement
l'ambivalence de la démarche où s'engage le
patient dans sa demande de soins. Le
décalage entre l'apragmatisme, la réalité et
les ambitions, au-delà de toute possibilité
immédiate, constitue la provocation à
laquelle tout thérapeute se trouvera soumis
face à ce client. Toutefois, au-delà de cet
aspect diagnostic, quelque peu déroutant, le
thérapeute peut utiliser de fortes images
négatives, les contre-valeurs, pour
approcher plus clairement les valeurs
potentielles latentes. Toute crise
correspond à un appel intime de croissance.
Il est impossible que le temps se fige
vraiment. Le thérapeute prend connaissance
d'éléments très généraux de cette tension
figée. Le thème général se décrit justement
ici comme une dialectique temporelle :
changer et aller vers l'action personnelle
ou rester figé et répétitif. Peut-être dès
ce moment-là le futur de la relation
thérapeutique se trouve-t-il engagé. L'image
elle-même devient une donnée inductrice
d'évolution, dès qu'elle se trouve
accueillie comme message de soi à soi. Sa
présence bien dessinée est un premier
changement.

Je souhaite que, malgré les limites d'un
seul cas - photographié en quelque sorte
dans son seul "négatif", comme on le dirait
d'une pellicule - le lecteur devine les
ressources pratiques de cette capture
d'images. Depuis mon premier travail avec
DFSOILLE, il y a plus de trente ans, et avec
un emploi courant du test de BERTA, depuis
quelques années, j'ai constamment retrouvé
cette certitude émotionnelle apportée par
l'image aux patients mis en situation de la
créer dans la relation thérapeutique, cette
image fût-elle négative et attristante. Ce
vécu de la certitude émotionnelle du sujet,
se regardant au miroir de ses images, ouvre
un autre domaine que celui du "phantasme à
interpréter". C'est simplement et fortement
une image vécue comme une partie de soi,
figuration d'une capacité créatrice que
possèdent nombre de nos clients. Le travail
psychique avec les images est support de
croissance. Ceci vaut également pour le
thérapeute.

IV - L'être mental et l'anticipation.
Le temps vécu change constamment sa nature,
selon la hiérarchie des actes que l'individu
situe dans son présent immédiat (Pierre
JANET, Jean SUTTER). Telle est la vie
essentielle de l'être mental. En
psychopathologie, le temps figé,
c'est-à-dire l'angoisse, nécessite
l'intervention du thérapeute justement en
raison de la perte d'anticipation (Jean
SUTTER, Yves PELICIFR). BERTA nous propose
des efforts utiles pour restaurer cette
fonction du futur vécu, et ceci avec l'appui
d'une autre fonction mentale imagogique.
De plus en plus la "pensée complexe" et
globale (Edgar MORIN) nous devient
nécessaire. Les paradoxes existentiels se
dramatisent dans une société de l'urgence et
de l'information directe. La nécessité d'une
constante adaptation s'impose dans un monde
relationnel constamment changeant.
Chaque croissance existentielle,
c'est-à-dire chacun de nous, supporte une
crise permanente qui pourrait se formuler
"Tu dois légitimement craindre une perte
constamment possible". C'est une évocation
du "apprendre à désapprendre" de BERTA ;
La théorie des catastrophes du mathématicien
René THOM vient aussi traiter le thème du
changement. Avec un certain bonheur nous
apprenons que certaines catastrophes seront
constructives, selon le vocabulaire neutre
des sciences pures. A leur tour les sciences
humaines ont intérêt à connaître ces
modèles, dans la mesure justement où ils
facilitent la compréhension évolutionniste
des relations humaines.

La pensée éco-systémique de Grégory BATESON
épouse son temps, c'est-à-dire ce glissement
accéléré, où nous ne savons plus si le
paysage défile ou si, nous, nous avançons
réellement un peu avec lui, malgré tout. Le
double lien décrit par BATESON nous donne
aussi l'occasion d'une réflexion sur le
temps du changement, c'est-à-dire la crise,
cette préparation soit à l'échec, soit à la
créativité, dans les messages multiples et
leurs injonctions discordantes auxquelles
nous soumettent les tensions évolutives
actuelles.

Notre être mental anticipateur est renvoyé
par le groupe vers sa crise intime. Le choix
est personnel, même si je m'engage vers
d'autres et avec d'autres. La succession des
bifurcations remet en cause le la
"confirmation de soi", les "certitudes",
c'est-à-dire le jugement, troublé par tant
d'informations relationnelles dont la
plupart sont trompeuses. Le marketing - mot
roi d'une société où il est agréable de
consommer et, aussi, désagréable d'être
consommé - est donc une école du mensonge.
Dans cette course-poursuite d'aujourd'hui
entre la confusion et la lucidité, il n'est
pas étonnant que le paradoxe nous fasse
retrouver notre vérité dans l'appui de notre
imaginaire. Prenons la réalité à rebours
lorsqu'elle se fabrique artificiellement et
que nombre de nos crises existentielles
illustrent simplement notre capacité de
résistance, par un appel à nos ressources.
Soumettons-nous donc, nous-mêmes à l'épreuve
de mon ami Mario. Il suffit d'une feuille de
papier, d'un crayon et de quelques minutes
de solitude.
Jean-Claude Benoît

BIBLIOGRAPHIE.
1. BENOIT J-C. et BERTA K., L'activation
psychothérapique, Dessart, Bruxelles, 1973.
2. BERTA M. et BENOIT J-C. Le projet
psychothérapique, Denoël, Paris, 1975.
3. BERTA M. Prospective symbolique en
psychothérapie. L'épreuve d'anticipation
clinique expérimentale, E.S.F., Paris, 1983.
4. BERTA M., Vivir su neurosis, Ed,
Privada, Montevideo, 1986.
5. BENOIT J-C. et BERTA M., La pénombre
du double. L'anticipation par les images
positives et négatives, E.S.F. Paris, 1988.
6. BERTA M., La sombra de JUNG. Aprender,
aprender a aprender, aprender a desaprender,
Ed. de la Plaza, Montevideo, 1990.
































































































